mercredi 23 juin 2010

Un après-midi chez les indiens

Pendant que certains se divertissent en regardant Canal V, en lisant Le Secret ou en écoutant CKOI, moi j’égaie mes temps libre en prenant des cours sur divers sujets plus ou moins utiles quand on veut se trouver un métier. Le choix du moment : religions et groupes ethniques au Québec, REL3330 de son p’tit nom uquamien.

En plus de comporter un millier de pages de notes de cours, un million de pages de recueil de textes et un milliard d’interventions impertinentes d’un étudiant qui veut faire croire au reste du groupe qu’il a hérité de la science infuse, des fois on sort des quatre murs gris de l’auditorium pour aller voir les «étranges» dans leur milieu naturel. La dernière visite : un temple à LaSalle dans le cadre du nouvel an sikh.

Pour une petite mise en contexte, sans pour autant expliquer le contenu du cours dans le détail, parmi les sikhs, il y a des gens avec un kirpan et un turban qui font beaucoup beaucoup peur aux hérouxvillois et aux quelques moins bien cultivés de la belle province. Aussi, les sikhs pratiquants, ceux avec les ‘tits couteaux effrayants, ne doivent pas se couper les poils, peu importe lesquels; cheveux, face, cul, jambes… Tout y est, all natural!! Quoi que pour les culs, j’ai pas vérifié…

Donc, mise en contexte terminée, que le fun commence ici!!



Même si j’abusais du spray tan, j’aurais quand même été la minorité visible!!



10 000 personnes, c’est beaucoup de personnes. 9 970 indiens et 30 caucasiens, ça fait beaucoup d’indiens et pas beaucoup de caucasiens. Je me sentais comme un itinérant à Lorraine avec ma gang d’itinérants en train de faire un feu de poubelle en plein milieu du club de golf… Bref, on se faisait regarder!!

Et puis, même si je me fais bronzer à en attraper un cancer de la peau dans un délai de moins de 3 mois, j’aurai jamais l’air d’une indienne!! En Amérique du Nord, ma face n’a absolument rien d’exotique et, par conséquent, en orient, ma face a absolument tout d’exotique! Donc, avec ma tronche de 30-blancs-dans-une-foule-de-9 700-indiens, je me sentais comme la minorité visible.

Tout à coup, j’avais envie de parler avec mes collègues de classe, ceux-là même que mon snobisme rigoureux me force à ignorer le reste du temps. J’avais momentanément le désir d’entendre leurs discours d’universitaires pompeux, pas tant par intérêt pour le contenu mais surtout pour le contenant : nous, les 30 blancs, on parlait français. Eux, les 9 970 indiens, ils parlaient le panjâbî. Vous avez déjà entendu ça avant le panjâbî? Moi non plus…

Et puis, comme si on était pas assez détachés du lot avec nos faces et notre façon de parler, paraît que la culture indienne est assez peu semblable à la culture québécoise. On s’habille pas pareil, on mange pas les mêmes affaires et on les mange pas de la même façon ces pas-les-mêmes-affaires-là, pendant qu’eux prient Dieu, nous on prie les Habs…

Vraiment, je me suis sentie un peu à part, pas pareille… Ça doit être comme ça qu’on se sent quand on va vivre dans un autre pays… Ça doit être comme ça que ces 9 970 se sentent le reste de l’année quand on parle de leurs turbans et de leur kirpans dans nos nouvelles de 7 100 000 de majorité non-visible.



Un premier souper dans la belle-famille, c’est moins inconfortable qu’un premier souper chez les indiens!!



Les prochaines lignes, je les dédie à Max!

Max, c’est un collègue de travail qui grimace souvent devant certains mets en disant le plus sincèrement du monde, comme si c’était une assiette de marde qu’on lui tenait sous le nez: «C’est ben dégueulasse…» et il s’en va plus loin de peur d’attraper une gastro parce qu’il aurait fixé trop longtemps le plat qui l’écœure. Ajoutez à ça que le je soupçonne d’avoir la même réaction vis-à-vis les femmes à barbe… Gnehee!!



Après le tour guidé du temple et un exposé sur les joies du sikhisme, nos hôtes nous ont invités à souper pour nous prouver à quel point il est encore plus joyeux que ce que l’on croyait d’être sikh. Pas vraiment convaincue, mais polie et bien élevée, j’ai acceptée l’invitation ainsi qu’une douzaine de mes simili-amis-de-même-couleur.

Il faut préciser que, dans le jovial compte rendu auquel nous avons eu droit, on nous a appris que les sikhs qui gardent intacte leur pilosité, les femmes comme les hommes. Ainsi, on s’imagine que les femmes sont pas vraiment sexy en shorts et que les hommes sont assez barbus... Sauf que, dans la religion sikh, il n’y a aucune ségrégation des sexes : les hommes en shorts ne doivent pas être très sexy mais surtout… CERTAINES FEMMES ONT DE LA BARBE!! Pas de la petite moustache molle… Noooon!! Des gros pinchs, des gros favoris et des grosses moustaches!

Donc, arrivée dans une «salle à manger» qui a plutôt l’air d’un gymnase où un mongole aurait posé du tapis, mais pas partout, je m’assieds sur le tapis, qui est, paraît-il, là où il faut s’asseoir. En observant les barbus et barbues autour de moi, j’ai bien vite compris que la table qui n’était pas devant moi ne serait pas plus devant moi lors du repas ; dans le gymnase entretenu par le mongole, il faut manger par terre, heureusement dans une assiette, malheureusement avec nos mains.

Par terre sur un plancher ne me dérange pas tant. Manger non plus. Mais manger par terre sur un plancher qui est, de surcroit, assez dégueulasse me dérange un peu plus. Je suis bien élevée, je ne suis pas impolie, j’ai donc fait l’effort en me disant «je vais juste manger une petite affaire et sacrer mon camp au Mac Do»…

Erreur!! Mon plat rempli de brun et d’orange (la couleur, pas le fruit) se remplissait avant même d’être vidé. Autour du plat de brun et d’orange, il y avait de la pilosité échappé par terre, peut-être que c’était un poil de gros pinch, de gros favori ou de grosse moustache de la femme à barbe qui mangeait assise en face de moi sur une autre rangée de tapis du gymnase de mongole. Chose que je préfère ne pas savoir.

Quand, finalement, le monsieur qui parlait ni français ni anglais a compris qu’il pouvait arrêter de me gaver, j’ai pu me lever, tout en restant polie et bien élevée, et m’enfuir de ce lieu à la gastronomie qui ne s’harmonise pas du tout à ma personne!

Au moins, j’aurai essayé ça une fois dans ma vie… Pas envie de le refaire par contre!



À un trajet d’autobus de savoir où je suis… Quand est-ce qu’il arrive l’autobus?!



LaSalle, c’est pas proche. C’est pas proche de ma maison. C’est pas proche du métro. C’est pas proche de rien que je suis habituée de savoir proche. En fait, j’y suis jamais allée avant parce que j’ai jamais rien eu à faire là (pour vous dire à quel point c’est pas proche!) Heureusement, j’ai un pas pire sens de l’orientation et j’ai été capable de me rendre jusqu’à l’arrêt d’autobus qui devait me ramener jusqu’au métro qui devait me ramener jusqu’à l’auto.

Comme le monsieur barbu à dû remplir environ cent fois mon plat de brun et d’orange, j’ai été une des dernière de la classe à quitter le temple. Résultat : aucun de mes simili-amis que je snobe habituellement n’est présent à l’arrêt d’autobus. En fait, je suis seule avec une gang de rue! Bon, c’était pas vraiment une gang de rue, mais j’étais avec 3 jeunes hommes qui avait l’air un peu «thug». La situation ne méritait pas vraiment de gestion de crise.

Ce qui méritait une gestion de crise, c’est le vieux monsieur dans son bel habit brun avec ses vieux souliers frais cirés qui est venu s’asseoir à côté de moi. Il faut préciser que, quand je suis dans les transports en commun ou en attente de, j’ai toujours mes écouteurs branchés en ligne directe avec mon cerveau via les trous que j’ai dans les oreilles. Je suis donc assez déconnecté du monde qui m’entoure et j’ai rarement l’envie de m’y reconnecter. Donc, le vieux monsieur est là, à côté de moi, et il bouge beaucoup. Il est dans le coin gauche de mon champ de vision et, voilà ma malchance, je dois tourner la tête à gauche pour voir si l’autobus arrive, ce qui le fait passer de la position «coin-gauche» à «en-plein-milieu».

Tous les thugs se sont enfuis de l’autre côté, dans la position «coin-droit», me laissant seule avec le vieux monsieur aux chaussures cirées qui gesticule beaucoup. Et comme l’alternance coin-gauche en-plein-milieu se fait à plusieurs reprise (parce qu’il arrive quand le tabarnac de bus?), je m’aperçois que le monsieur, il parle à un chandail à l’effigie de Jésus qu’il tient dans ses mains.

En ne rien entendant de ce qu’il dit mais en le devinant bien, je vois l’autobus salvatrice qui arrive au loin!

Je suis montée dans l’autobus qui m’a mené jusqu’au métro qui m’a mené jusqu’à l’auto. Le vieux monsieur qui parlait à son chandail aussi, mais il s’est trouvé une autre personne pour l’ignorer.

Dans l’fond, c’est triste.

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